Tu te questionnes sur l’alimentation en bivouac de ton chien ou même la tienne pour un trek de plusieurs jours ? Cet article t’apportera quelques pistes de réflexion amenées par notre expérience après plusieurs années à arpenter les sentiers en compagnie de notre chienne sur des efforts longue durée.



L’alimentation pour les humains

En randonnée

Rien de bien sorcier ici, vous n’avez pas besoin de nous pour savoir choisir entre un sandwich tartiflette ou une salade de lentilles ! Peut-être simplement préciser que même à la journée, l’effort peut être considérable et que prévoir suffisamment de quantité pour avoir de l’énergie tout au long de la sortie est nécessaire. On sous-estime la randonnée en termes de dépenses caloriques et pourtant, une journée de randonnée est équivalente à 2500/3500kilocalories dépensées.

Ainsi, on vous conseille vivement au delà de votre casse-croûte de toujours avoir des barres et compotes énergétiques avec un bel apport de glucides mais également des produits protéinés pour soutenir vos muscles. On oublie son régime avec un seul mantra : marcher pour manger bien sûr !

En itinérance

C’est là que ça devient intéressant. L’itinérance, qu’il s’agisse d’une seule nuit en bivouac ou d’un trek de plusieurs jours ou semaines, demande une organisation et planification des repas bien plus importante. La raison ? Elle est simple, vous vous transformez en mulet pour la cause et plus vous partez longtemps, plus vous porterez lourd.

Ici, on ne s’adresse qu’aux personnes qui partiront en autonomie complète : les personnes qui rallient des refuges se posent beaucoup moins de questions car très généralement, la demi-pension proposée leur permet de bénéficier d’un petit déjeuner, d’une préparation de pique-nique en supplément à embarquer avant de rejoindre le refuge suivant pour mettre les pieds sous la table au dîner.

Deux difficultés vont rapidement se poser pour l’autonomie complète : le poids et la conservation des aliments. Le poids du sac est la bête noire des personnes qui se lancent dans le trek car malgré tous nos efforts, les sacs se surchargent très vite, encore davantage si vous montez en altitude avec un besoin de matériel et vêtements adaptés pour résister au froid. Si vous rajoutez là-dessus chaque repas comme pour une randonnée à la journée, c’est simple, vous allez rester planté.e comme un piquet ! Ensuite, il est difficile d’envisager de se trimballer plusieurs jours avec ne serait-ce que des fruits frais : ils vont finir écrasés au fond du sac. Et on ne parle même pas de laitages ou autre qui nécessitent une conservation au frigo, à moins que vous envisagiez un trek hivernal !

Ainsi, on va s’orienter sur des repas lyophilisés pour s’alléger au maximum : la nourriture est déshydratée dans un sachet hermétique pour réduire le poids au maximum et il suffit de chauffer de l’eau au réchaud, l’intégrer dans son sachet pour redonner vie à tout un tas de saveurs dans votre assiette ! Pour illustrer, un sachet d’environ 130 grammes une fois réhydraté vous apportera 450 grammes de nourriture.

Lorsque l’on part plusieurs jours, il est intéressant de varier non seulement les plats mais aussi les marques de lyophilisés : lorsque vous aurez mangé pendant 15 jours du même chili con/sin carne, on peut vous assurer que vous ne pourrez plus le voir en peinture pour les 10 prochaines années ! Surtout, cela vous permettra d’assurer vos apports en protéines car tous les sachets lyophilisés ne contiennent pas le même nombre de kilocalories par repas, il est donc super important d’amener un apport équilibré pour votre trek. Vous consommerez entre 3000 et 3500 kilocalories par jour, donc par définition, vous aurez la dale et c’est peu de la dire ! Ici, on veille donc à chaque fois de prendre les plus caloriques que l’on trouve, à raison de 600 kilocalories par sachet en général !

On se fournit toujours chez Lyophilisé & Co : ils proposent toutes les marques possibles et imaginables de lyophilisés avec des plats pour tous les régimes alimentaires – Brice mange de tout, je ne mange pas de viande par exemple -. Surtout, ils font des packs complets pour X jours de trek en fonction de votre aventure à venir et c’est plutôt pratique pour recevoir vos petits déj’, déj’ et diners sans oubli. Enfin, les prix sont attractifs et ça c’est intéressant parce que vous allez vite voir que le cumul des repas augmentent rapidement la note finale – m’enfin toujours moins que si vous étiez en demi-pension en refuge, y’a pas photo -.

Au delà de 5 jours

Mais comment on fait lorsque l’on part plus de 5 jours ? Effectivement, votre sac va peser environ 15 à 18kg voir davantage en fonction des personnes et de leur capacité à porter – ou incapacité à laisser les choses inutiles à la maison, on sait -.

Disons qu’au delà des 5 jours ou d’une semaine de trek, porter sa nourriture même avec la meilleure volonté du monde devient impossible. Il existe donc des coutumes dans le milieu montagnard à connaitre : vous pouvez vous auto-envoyer des colis à votre nom dans des refuges que vous croiserez sur votre itinéraire avec tous vos lyophilisés et autres produits de première nécessité pour assurer votre autonomie pour la semaine suivante. Il convient d’appeler le refuge pour leur demander leur accord avant toute chose. Bien entendu, cela demande une belle planification pour que cela arrive avant vous sur place et vous devez jouer le jeu : quand bien même avec un chien vous ne pourrez pas dormir sur place car ils sont généralement refusés, consommer un repas et une bonne douche pour remercier d’avoir joué les boites postales pour vous, c’est la moindre des choses.

La nourriture pour les chiens

En randonnée

Pour une randonnée à la journée, de la même façon que les humains, la gestion de la nourriture pour les chiens n’est probablement pas une énigme pour vous. Cependant, on s’est rendu compte au regard de vos questionnements que vous aviez des appréhensions parfois qu’il convient de lever.

La première, c’est la torsion/retournement d’estomac : certains d’entre vous ne donnent pas à manger à leur chien ou très peu avant une randonnée par crainte de lui causer ce dommage grave voir mortel. Si l’intention est bonne, vous risquez en réalité de lui provoquer un malaise car le jeun chez le chien avant un effort physique important n’est clairement pas recommandé.

Dans le pire des cas, votre chien peut avoir des vertiges pouvant causer de sa chute par manque d’équilibre, il risque de se jeter sur la moindre flaque d’eau pour se remplir d’une quelconque manière et trop d’eau n’est pas recommandé non plus et il pourrait manger n’importe quoi, notamment des excréments ou autre déchets peu recommandables croisés sur son chemin. C’est bon, on vous a convaincu que c’était une fausse bonne idée ?

Maintenant qu’on a mis les choses à plat, on ne vous a pas rassuré pour autant : ce qui peut provoquer une torsion/retournement d’estomac, c’est le fait de manger une GRANDE quantité de nourriture ou boire une grande quantité d’eau puis d’exposer IMMEDIATEMENT après votre chien à un effort physique intense. Pour éviter cela, il suffit de lui donner à manger sa quantité habituelle au réveil et il aura largement le temps de digérer soit le temps de vos préparatifs soit durant le trajet de voiture. Donc pas d’inquiétude à avoir !

La seconde chose à aborder, c’est aussi de lui donner quelques encas : soit vous avez apporté des friandises spécifiques aux chiens, soit vous ferez comme nous : il tapera dans tous vos casse-croûtes. Helly a l’habitude de finir nos pompotes ou d’avoir un bout de barre de céréales. Certains diront que c’est peu recommandable, la réalité c’est qu’au regard des efforts fournis : aussitôt avalé, aussitôt dépensé ! On a toujours fonctionné comme ça pour lui apporter de l’énergie pendant la balade et cela lui va parfaitement bien. Inutile d’acheter des encas hors-de-prix spécial chien.

En itinérance

L’itinérance en autonomie complète avec un chien demande encore davantage d’organisation qu’un trek classique et on vous invite à consulter notre article du matériel de bivouac avec un chien pour vous donner quelques éléments de base avant de vous lancer.

Il sera difficile d’enchainer plusieurs jours avec votre nourriture, celle de votre chien et le matériel pour tous les deux. Il est vraiment intéressant à ce stade d’investir dans un sac de bât/harnais de portage pour que votre chien contribue à l’effort collectif à son niveau. Pour rappel, un sac de bât, c’est à dire un harnais muni de deux sacoches peut être chargé au maximum entre 10 et 30% – pour les chiens les plus endurants – du poids du chien. Exemple : Helly pèse 33kg, si je veux la charger à 10% car elle prend de l’âge, elle portera au maximum 3.3kg poids du harnais compris.

Après ces considérations purement techniques, quid de la nourriture ? Nous n’aurons pas de solution miracle pour les chiens nourris au BARF. Les chiens nourris aux rations ménagères peuvent éventuellement bénéficier de rations déshydratées au préalable par vos soins à la maison avec une machine spécifique. Helly étant nourrie aux croquettes, nous ne pouvons aisément aborder que cette catégorie de chiens ici.

Les croquettes peuvent être placées dans des sachets plastiques réutilisables après une pesée de chaque portion individuelle. On vous conseille vivement d’augmenter les rations de plusieurs dizaines de grammes matin et soir car si vos efforts sont considérables, ceux de votre chien le sont encore davantage puisqu’il va en libre faire de nombreux allers-retours ou en longe possiblement vous tracter. Exemple pour Helly : à la maison sans effort particulier, elle mange 165 grammes/repas. En bivouac, on lui augmente sa ration à 210 grammes/repas.

Ainsi, comme pour la randonnée à la journée, on vous suggère vivement tout au long de la journée de donner de petites friandises ou de les laisser taper dans vos encas pour assurer une énergie en continue pendant l’ascension ! Encore plus s’il porte ses propres affaires sur le dos.

Au delà de 5 jours

De la même façon que pour les humains, votre chien pourra très difficilement porter plus de 5 jours de rations sur son dos. Comme précisez plus haut, vous pourrez envoyer dans votre colis personnel en refuge ses rations pour les jours suivants !

La gestion de l’eau

Vaste sujet que celui de la gestion de l’eau en montagne, trop souvent sous-estimé pour les humains comme pour les chiens !

En randonnée

En randonnée à la journée, trop souvent, l’humain ne prend pas assez pour lui-même et pour son chien, considérant que ce dernier s’abreuvera dans les ruisseaux et lacs croisés en chemin. Non seulement, ces derniers sont parfois inexistants ou à sec mais en plus, l’eau ingérée n’est pas forcément la plus recommandable si elle est stagnante risque de cyanobactéries -.

Qu’est-ce qu’on appelle de l’eau stagnante ? C’est l’eau qui ne ruisselle nulle part. Tous les lacs ne sont pas stagnants, bien au contraire, ils ont généralement une source issue des glaciers et continuent leurs routes vers les vallées. Mais les étangs et autres marécages sont à éviter au maximum pour la consommation d’eau pour votre chien de manière naturelle sans filtrage, sans pour autant virer à la psychose.

Mais en plus, un chien qui n’est pas suffisamment abreuvé tout au long de la randonnée aura tendance à se jeter sur la source d’eau qu’il trouvera et à boire en grande quantité : on retrouve notre risque de torsion d’estomac précédemment évoqué.

Ainsi, on conseille vivement pour le maitre d’apporter à minima 1.5L d’eau pour tous les deux sur les randonnées courtes à moyennes mais d’augmenter davantage à 3L voir 4.5L d’eau à deux si la randonnée dépasse par exemple les 1500D+. Cela peut sembler énorme pour des gens qui court en trail et qui parcourront rapidement un circuit. Ca ne l’est pas du tout pour des randonneurs qui à leur rythme vont s’exposer davantage à la déshydratation, de la même manière que leur chien. L’exposition à une altitude élevée et au soleil vont aller dans le même sens.

En faisant des pauses régulières et en proposant à votre chien une gamelle d’eau, vous lui donnez du carburant pour poursuivre dans de bonnes conditions.

En itinérance

L’eau en itinérance rend sa gestion obligatoire : il faudra remplir ses contenants au fur et à mesure des jours qui passent.

Niveau matériel, un seul conseil : investir dans une gourde filtrante souple type Katadyn. Pourquoi souple ? Parce que cela vous permettra de remplir tous vos autres contenants facilement en la remplissant puis en la pressant pour filtrer l’eau et la reverser dans ces derniers. Avec une gourde rigide, impossible d’effectuer cette action.

Par habitude, on se sert des gourdes filtrantes comme gourdes pour Helly que l’on insère dans ses sacoches : ainsi, on évite de lui faire porter deux gourdes supplémentaires et on s’en sert pour filtrer l’eau au besoin lorsque nous sommes à sec.

Les gourdes filtrantes sont également indispensables en hiver si vous faites fondre de la neige au réchaud : vous allez vite vous rendre compte que la neige retient un microcosme peu ragoutant que vous n’aurez pas envie d’ingérer !